Animateur : Amine Ben Mokhtar


Définition du Slam Poésie

Étymologie

  • le chelem / le tournoi
  • en argot américain : « To slam the door »

Origine

Le slam est un mouvement né de l’idée de Marc Smith, here dans les années 80 dans les cafés de Chicago. Jeune écrivain, il organise une compétition de poésie dans le bar « Green Mill » (1986).

Le slam est un art déclamatoire présenté sous la forme de joutes. À l’origine, il s’agit d’un court poème de moins de trois minutes, rimé ou non, écrit pour être présenté ou performé devant un public qui réagit à l’œuvre en lui attribuant une note. Smith a fait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique du poète. Aujourd’hui, il existe une fédération et une ligue. Il existe un championnat interscolaire (primaire, collège et lycée). Le slam se décline en Spoken Words ou encore en Slam sauvage.

Le Slam Poésie au sein d’Initi’Elles

Parce que la précarité, la violence, l’addiction, l’exclusion, le chômage, le décrochage scolaire, le repli communautaire, sont des réalités qui favorisent les paroles non abouties chez les jeunes, il est important de redonner sens à la parole, de redonner confiance en sa capacité d’agir pour une citoyenneté plus juste et plus humaine.

Le slam est un moyen d’expression, qui fait que l’on existe dans le regard et les oreilles de l’autre, et c’est vital. C’est un moyen de participer à la construction de son identité, il facilite l’expression et l’ouverture sur l’autre.

Au travers de nos échanges et expériences, il est ressorti qu’il pouvait être intéressant :

  • d’impliquer les jeunes sur des faits de société, des faits d’actualité (favoriser l’élan citoyen)
  • de faire en sorte qu’ils prennent position, en les invitant à parler de la diversité et de la pluralité. Faire en sorte qu’ils véhiculent de l’optimisme, à être ensemble. En détournant l’aspect stigmatisant et de censure qu’ils appliquent parfois sur eux-mêmes
Au sein de l’association Initi’Elles, nous expérimentons la pratique du slam poésie comme outils de médiation et de sensibilisation, dans les actions que nous menons auprès de nos collaborateurs et de nos publics, dans le cadre de l’accompagnement à la scolarité, la lutte contre l’illettrisme, le décrochage scolaire.

Constat d’une pratique

À travers le processus des jeux d’écriture, les jeunes deviennent auteurs et orateurs de leur création. Mais ils sont aussi des spectateurs respectueux et attentifs des réalisations des autres. Les jeux d’écriture mettent à l’aise et favorisent la dynamique de groupe. Ils permettent de dépasser sa timidité, de gagner en assurance, d’avoir confiance en soi et dans le groupe.

La démarche pédagogique de l’intervenant amène à la garantie de l’intégrité de chacun (être garant de la sécurité morale et affective des personnes).

L’intervenant s’appuie sur un panel riche de jeux. Il n’existe pas de recette universelle ou absolue pour animer des ateliers d’écriture. Il y a tout d’abord une prise en compte du caractère de chacun, de sa personnalité. La configuration et la temporalité du projet dépendent du contexte. Et notre prétention n’est pas forcément d’amener le jeune sur scène.

Le projet « Slam » s’inscrit entièrement dans l’esprit du socle commun et des programmes ou dispositifs adaptés. Il peut être un appui pour le contenu des connaissances et des capacités des différents programmes scolaires. Le Slam est un moyen de prendre en compte le jeune dans sa globalité et pas seulement en tant qu’élève (dans et autour de l’école).

Notre expérience est ancrée sur des méthodes actives expérimentées et validées auprès de nos publics. Notre démarche est basée sur des objectifs et intentions pédagogiques (utilisées dans les formations d’animateurs).

Il s’agit d’une pédagogie du détournement, pédagogie semi-directive.

Pour nous, l’atelier « Slam » laisse une grande place à l’imaginaire. Tout en utilisant de manière ludique, les codes de la langue française (personnification, métaphores, rimes).

Les ateliers

Les ateliers slam peuvent avoir lieu sous forme d’une session unique ou revêtir une forme plus régulière au cours des jours, des semaines ou des mois.

Les premiers ateliers d’écriture peuvent consister à prendre connaissance de la discipline slam :

  • son histoire
  • ses origines et son rayonnement (différents exemples sonores et visuels peuvent être utilisés)

Les ateliers suivant se déroulent au long de préparation collective avec exercices et jeux autour d’actions et de mots. Ils permettent de stimuler la prise de parole et l’écoute. Des groupes d’écritures sont formés avec le soutien de l’intervenant. Pour finir, une scène slam est élaborée. Chacun choisit un pseudonyme (ou pas) puis dit son texte slam devant les autres. Les animateurs rendent les participants attentifs au fait que le slam n’est pas une forme, mais un contenu. Il faut être conscient de ce qu’on dit, de l’émotion qu’on y met. La manière de slamer est personnelle et n’engage que soi. Le contenu peut être contesté, ou approuvé par les autres.

L’exemple d’une action

Unité d’accueil de jour (PJJ) : préados, ados de 14-18 ans.

Public fragilisé : jeunes ayant, pour certains, arrêté l’école en primaire.

But : donner la possibilité de s’exprimer et de retrouver l’estime de soi. Libérer les paroles non abouties.

Hypothèses d’entrée à l’écriture :

  • jeux de connaissances (je m’appelle, je viens, j’aime…)
  • faire vivre un débat, sur des faits de sociétés ; pour l’intervenant, récolter les mots dits
  • utiliser les supports vidéo, les livres de jeunesse, l’activité manuelle et plastique
  • utiliser des méthodes directives ou pas, laisser le choix, travailler sur de thématiques
  • s’adapter à l’humeur du groupe, ne pas forcer à écrire, la discussion permet à l’intervenant d’être en empathie
  • prendre en compte la difficulté d’écrire