Intervenants : Claudia Simone Santos et Bastïen Viltart
Coordinateur associatif : David Dessinges

Le théâtre de l’opprimé

Extrait de la plaquette Théâtre de l’Opprimé – Pas à Passo :

Le Théâtre de l’Opprimé permet de créer, avec les jeunes participant-e-s, un espace d’investigation sur ce qu’est être adolescent-e-s, leurs contradictions, leurs nécessités, et leurs volontés. À travers divers jeux exercices et techniques du Théâtre de l’Opprimé, l’Atelier TO cherche à démêler de manière ludique les mécanismes objectifs et subjectifs qui rendent difficiles les relations sociales (famille, école, pairs, relations affectives) durant cette phase de la vie.

Dans nos ateliers, [les intervenants] portent une attention particulière à adapter le vaste « arsenal » de jeux, d’exercices et de techniques de la méthodologie pour valoriser les capacités d’expression des participant-e-s. En démontrant, par l’expression artistique, qu’ils ou elle sont capables de produire plus que ce qu’ils imaginent,[les intervenants] renforcent l’estime de soi, l’identité et la place singulière et de chacun-e au sein du groupe pour qu’émerge une problématique collective et une solidarité face à celle-ci. Chacun-e devenant acteur/actrice de sa vie et force de proposition pour élaborer une réponse face à une réalité complexe.

Pas à Passo

Association créée en 2013, Pas à Passo travaille avec le Brésil. Ses activités principales sont la création de spectacles (Hôtel d’Europe) et le travail avec différents partenaires (le Crous, l’atelier relais, etc.) autour de thèmes précis. Elle participe également à des échanges de groupes de jeunes (par exemple à Pâques avec le Portugal autour de la constitution d’une identité européenne).

L’association travaille avec les CEMÉA depuis le mois de septembre 2013 dans le cadre de l’atelier relais autour d’activités dramatiques (Théâtre de l’Opprimé).

Phase de mise en pratique

Différentes activités sont proposées pour la mise en pratique :

  • marcher, arrêter, dire son prénom, crier puis inverser les commandes
  • arrêt sur l’image
  • guide à l’aveugle puis court débriefing
  • arrêt sur image à plusieurs (d’abord en binôme, puis à trois voire à plusieurs)
  • théâtre forum sur un geste (deux personnes qui se disent bonjour dont un décide au dernier moment de tourner le dos) : relation opprimé et oppresseur (l’opprimé est quelqu’un qui a besoin et qui a une volonté de quelque chose ; dans ce cas, rentrer en contact avec l’autre personne)
  • plusieurs personnes prennent la place de l’animatrice qui essaie de dire bonjour
  • comment contrer quelqu’un qui se refuse (différentes stratégies : humour, supplier, résignation, violence)

Phase de bilan – questions – interventions

1. Pourquoi un théâtre forum et quel déroulement préconiser ?

Il y a toujours au moins 3 interventions à la situation proposée :

  • la 1ère est la situation telle quelle
  • la 2ème est complètement l’inverse
  • la 3ème ouvre le champ de la réflexion : comment surmonter et déconstruire une oppression ?

2. À travers l’expérience des intervenants, il y a des groupes très différents les uns des autres, comment y faire face ?

On traverse plusieurs phases dans le travail avec les différents groupes qui sont plus ou moins longues d’après la constitution des groupes (il y a des groupes violents, stressés, léthargiques…).

3. Oppresseur, opprimé, ce sont des mots forts, est-ce qu’on aboutit toujours à un résultat ?

Quand on parle d’oppresseur et d’opprimé, on doit faire une bonne analyse de l’activité. Les jeunes savent tout de suite de quel côté ils se situent (oppresseur/opprimé). À travers cette activité, on ouvre une sorte de porte à la parole .Ce sont les jeunes qui proposent souvent les scènes.

4. Comment faire pour mieux comprendre, pour animer, pour se former à ce genre d’activité ?

Il faut se former. L’association propose une formation basée sur 10 modules pour commencer à comprendre la technique. Ensuite l’animation avec un accompagnement est proposée. Le problème est le manque de financement. On peut aussi monter une formation avec plusieurs partenaires. Il y a un réseau d’associations de Théâtre de l’Opprimé en France.

5. Est-ce que le fait que les intervenants soient à l’extérieur du groupe est une plus-value de cette activité ?

L’animateur de l’atelier relais fait appel aux intervenants parce qu’ils viennent de l’extérieur, ils ont une autre vision du groupe. Il est extrêmement important d’avoir des regards croisés sur un groupe, que différentes visions se rencontrent.
Pour les enfants : ils sont confrontés à des adultes qui viennent d’ailleurs et cette rencontre les enrichit. Le travail avec les enfants est long et a besoin de beaucoup de moyens humains et financiers, notamment quand on veut faire intervenir des professionnels. Pouvoir verbaliser à travers des activités comme celles-ci est important pour les enfants.

6. Comment faire quand ces activités ne marchent pas avec un groupe ?

Cela arrive, il peut y avoir un groupe où de nombreuses activités de l’Opprimé ne marchent pas. Donc l’animateur propose une multitude d’activités afin de trouver enfin celle-ci qui fonctionne.
L’expérience avec l’atelier relais :
La première séance ne marchait pas, quelques élèves ont quitté la salle. Lors de la deuxième séance, les élèves ont voulu jouer à un des jeux en proposant des changements. Petit à petit, en échangeant avec les élèves, l’intervenant a trouvé la bonne façon d’interagir avec eux. Mais quand cela ne marche pas, on ne doit pas insister non plus pendant une séance.
Ce qui est important ce sont les échanges que les différents professionnels peuvent avoir avec un groupe (regards croisés).

7. Combien de séances ont lieu pendant un atelier relais ?

De manière générale ce sont entre 2 et 4 séances mais c’est trop peu car le vrai échange commence à partir de 3 ou 4 séances (8 heures). Il faudrait 30/40 heures pour installer une réelle interaction très approfondie. Au bout de 8 heures, l’écoute commence à s’installer, les élèvent s’ouvrent, parlent, participent, échangent et se sentent plus libre.
L’animateur de l’atelier relais précise que quand les élèves arrivent dans le dispositif, ils vivent assez bien le fait de faire d’autres activités. Mais le Théâtre de l’Opprimé est difficile à réaliser dans un espace de 8 heures. L’objectif de l’atelier relais est tout d’abord le retour au collège. Les élèves se servent de ce qu’ils ont appris pendant ces activités. Leur comportement change face aux autres élèves et face aux adultes. Ils changent le regard sur l’institution et sur l’adulte enseignant. Le fait qu’ils étaient en situation de réussite dans l’atelier relais leur fait regagner de la confiance. Ce sont des jeunes qui sont en échec depuis longtemps.
Dès la première semaine, un retour au collège par petits moments est programmé. Parfois, les élèves ne souhaitent pas retourner au collège car pendant l’atelier cela se passe très bien. Le travail de l’atelier relais consiste à changer le regard que l’élève a de l’institution et aussi que l’institution change le regard qu’elle a du jeune.
Le coordinateur de l’atelier relais est en contact constant avec l’équipe éducative du collège.

8. Est-ce que seulement une séance aurait déjà du sens ?

Comment faire quand on n’a pas de suivi puisque le public change toutes les semaines ? (Question posée par une coordinatrice des services jeunesse de la ville de Paris qui coordonne un accueil hebdomadaire d’élèves renvoyés) La question de l’objectif se pose. À quoi veut-on aboutir à la fin d’une séance de 2 heures ? On peut avoir des techniques qui peuvent aboutir à une séance concluante dans le sens de les faire parler et analyser leur situation, mais on doit plutôt s’inscrire dans une démarche d’évolution-progression d’une semaine à l’autre.

9. Remarque

Les enseignants du collège duquel viennent les élèves inscrits dans un atelier relais devraient participer à des séances de Théâtre de l’Opprimé.
Au Portugal, les intervenants ont travaillé avec les enseignants sur des activités de Théâtre de l’Opprimé. C’était dans le cadre d’un projet d’école ouverte.